Un tir part. Avant même que votre regard ne quitte les organes de visée, vous avez parfois cette sensation immédiate : « celui-là est parti légèrement à gauche ».
Vous regardez ensuite la cible.
L’impact se trouve effectivement à gauche.
À l’inverse, certains coups semblent parfaits jusqu’au moment où la cible révèle un écart totalement inattendu.
Cette capacité à estimer le résultat d’un tir avant de l’observer possède un nom : le tir annoncé.
Elle ne consiste évidemment pas à deviner l’emplacement exact de l’impact au millimètre. Il s’agit plutôt de savoir reconnaître ce qui s’est produit pendant la séquence : position du système de visée au moment du départ, qualité de la détente, stabilité de l’arme, mouvement immédiatement après le départ et sensations corporelles.
Avec l’expérience, le tireur peut progressivement associer ces informations à une direction ou à une qualité probable d’impact.
Le tir annoncé constitue donc un outil pédagogique extrêmement puissant.
Il oblige à déplacer l’attention.
Au lieu d’attendre que la cible explique ce qui s’est passé, vous apprenez à lire votre propre tir pendant qu’il se produit.
Cette compétence complète parfaitement le travail sur le follow-through, mais elle ne doit pas être confondue avec lui. Le follow-through consiste à maintenir la qualité de la séquence après le départ. Le tir annoncé consiste à exploiter les informations fournies par cette séquence pour estimer le résultat.
Et lorsque l’annonce devient régulièrement cohérente avec la cible, quelque chose d’important change : vous ne tirez plus seulement des impacts.
Vous commencez réellement à comprendre vos départs.
Le tir annoncé n’est pas une prédiction
Le mot peut prêter à confusion.
Vous ne cherchez pas à annoncer avant le départ où l’impact va se trouver.
Vous analysez ce que vous venez de ressentir immédiatement après le tir, avant de consulter le résultat.
La séquence est donc :
tir → perception → annonce → vérification sur la cible.
Cette chronologie est fondamentale.
Si vous regardez d’abord l’impact puis reconstruisez mentalement votre sensation, votre cerveau risque de modifier le souvenir du départ pour le faire correspondre au résultat.
Vous n’analysez plus le tir.
Vous expliquez a posteriori ce que vous venez de voir.
Pourquoi notre mémoire devient-elle si facilement trompeuse ?
Le cerveau humain adore construire des explications cohérentes.
Vous découvrez un impact bas à droite.
Quelques secondes plus tard, vous pouvez avoir l’impression très nette d’avoir senti votre main descendre à droite.
Mais l’aviez-vous réellement perçu au moment du départ ?
Impossible à savoir si vous n’avez rien annoncé avant de regarder la cible.
Le tir annoncé impose donc une forme de discipline :
décrire avant de connaître le résultat.
C’est cette contrainte qui lui donne toute sa valeur.
Il faut d’abord apprendre à observer son système de visée
Pour annoncer correctement un tir, le tireur doit savoir ce que faisait son système de visée au moment du départ.
Avec un point rouge, l’information est particulièrement lisible.
Le point était-il :
- centré ;
- légèrement haut ;
- décalé à gauche ;
- en mouvement rapide ;
- dans une oscillation normale ?
Avec des organes mécaniques, le travail porte davantage sur la relation entre guidon, cran de mire et cible.
À la carabine avec optique, il faut observer la position du réticule et son comportement autour du départ.
Le principe reste identique : où était votre référence visuelle lorsque le coup est parti ?
Le point exact n’est pas toujours aussi important que la direction
Au début, vouloir annoncer « 9 à 4 heures » après chaque tir est inutilement ambitieux.
Commencez plus simplement.
Bon départ.
Gauche.
Droite.
Haut.
Bas.
Indéterminé.
Cette classification grossière possède déjà énormément de valeur.
Lorsque votre perception devient plus fine, vous pourrez préciser.
Mais la priorité est d’abord d’apprendre à reconnaître les grandes tendances.
Le tir annoncé commence souvent par reconnaître les mauvais départs
Paradoxalement, ils sont parfois plus faciles à identifier.
Une détente brutalement arrachée.
Une crispation soudaine.
Un mouvement évident du point rouge.
Une perte d’alignement.
Le tireur ressent immédiatement que quelque chose s’est produit.
Il peut annoncer :
« mauvais départ, probablement bas à gauche »
avant même de regarder.
Le véritable progrès apparaît lorsque cette capacité commence également à distinguer plusieurs tirs apparemment corrects.
La détente fournit énormément d’informations
Le doigt constitue l’un des capteurs les plus importants du tir annoncé.
Vous pouvez percevoir :
- pression devenue brusque ;
- contact irrégulier ;
- départ anticipé ;
- crispation de la main ;
- rupture fluide.
Une détente correctement travaillée donne souvent une impression très différente d’un coup volontairement « déclenché » parce que le système de visée venait de traverser le centre.
Cette sensation doit être associée à ce que vous avez vu.
L’annonce naît de la combinaison des informations, pas d’un seul élément.
Un impact décentré peut provenir d’un excellent départ
C’est important.
Vous voyez votre point rouge légèrement à gauche au moment du départ.
La détente est excellente.
Le tir se déroule proprement.
Vous annoncez gauche.
L’impact est effectivement à gauche.
Techniquement, cette séquence peut être beaucoup plus intéressante qu’un coup arrivé plein centre après une détente médiocre compensée par hasard.
Le tir annoncé apprend donc à distinguer :
qualité du processus et position finale de l’impact.
C’est une distinction fondamentale pour progresser.
Un dix peut être un mauvais tir
C’est l’une des leçons les plus frustrantes.
Votre point traverse le centre.
Vous déclenchez brutalement.
Le mouvement parasite compense involontairement l’oscillation.
L’impact arrive pourtant au centre.
La cible vous félicite.
Votre technique ne le mérite pas.
Si vous travaillez uniquement avec le score, vous risquez même de renforcer ce mauvais comportement.
Le tir annoncé permet de dire :
« impact probablement bon, mais mauvais départ. »
Lorsque la cible confirme un dix, vous savez malgré tout qu’il ne faut pas reproduire la séquence.
Un neuf peut être techniquement excellent
Situation inverse.
Vous construisez une très bonne position.
La détente progresse naturellement.
Mais le point se trouve légèrement décalé au moment du départ.
Vous l’avez vu.
Vous annoncez précisément la direction.
L’impact apparaît exactement à l’endroit prévu.
Ce tir fournit une information extrêmement positive.
Votre perception fonctionnait.
Votre détente fonctionnait.
L’écart était compris.
Vous pouvez donc travailler la correction sans remettre toute la technique en question.
Le retour du point rouge
enrichit énormément l’annonce
Nous avons déjà étudié l’intérêt du retour du point rouge après le départ.
Ici, ce comportement devient une source d’information supplémentaire.
Le point quitte la zone puis revient.
Sa trajectoire peut être :
- relativement verticale ;
- latérale ;
- irrégulière ;
- différente de votre comportement habituel.
Ce retour ne permet pas à lui seul de connaître l’impact.
Mais lorsqu’il est associé au départ et à la position du point avant le tir, il aide à comprendre la cohérence générale de la séquence.
Attention à ne pas regarder le mouvement trop tard
Le tir annoncé demande de rester attentif autour du départ.
Mais il ne faut pas transformer la séquence en analyse image par image pendant qu’elle se produit.
Le tireur doit continuer à tirer normalement.
L’observation devient progressivement naturelle avec l’expérience.
Si vous essayez consciemment de mémoriser dix informations pendant chaque tir, la fluidité disparaît.
Le but est d’augmenter progressivement la qualité de perception, pas de surcharger votre attention.
Le follow-through rend le tir annoncé possible
Voici la relation entre les deux notions.
Si vous relevez immédiatement la tête ou abandonnez votre visée dès que le coup part, vous perdez une partie des informations nécessaires.
Le follow-through maintient suffisamment longtemps :
- regard ;
- position ;
- grip ;
- organisation générale.
Le tir annoncé utilise ensuite les informations disponibles pendant cette continuité.
On peut donc dire :
le follow-through est un comportement technique ; le tir annoncé est une capacité d’analyse.
Pourquoi les débutants regardent-ils immédiatement la cible ?
Parce que le résultat attire naturellement l’attention.
Le cerveau veut savoir :
« Où est mon impact ? »
Le problème est que cette vérification immédiate coupe parfois la fin de la séquence.
Le tireur tire, puis quitte instantanément ses organes de visée.
À force, il développe une technique entièrement centrée sur le résultat plutôt que sur le processus.
L’apprentissage du tir annoncé impose l’ordre inverse :
d’abord comprendre votre tir, ensuite regarder la cible.
La cible doit devenir une confirmation
Lorsque le travail progresse, la cible change de fonction.
Au début :
la cible vous apprend ce qui s’est passé.
Plus tard :
la cible confirme ou contredit ce que vous pensez avoir observé.
Cette évolution est considérable.
Vous passez d’une dépendance totale au résultat externe à une capacité interne d’analyse.
La cible reste évidemment indispensable.
Mais elle n’est plus votre unique source d’information.
Commencez par masquer les impacts si nécessaire
Sur certaines installations, vous voyez immédiatement chaque nouvel impact.
Cela complique énormément l’exercice.
Une solution consiste à utiliser des conditions dans lesquelles le résultat n’est pas immédiatement évident, lorsque votre discipline et le stand le permettent.
L’idée n’est pas de supprimer définitivement le retour.
Elle consiste simplement à créer quelques secondes entre le tir et la vérification.
Vous forcez ainsi votre cerveau à produire une annonce avant de connaître la réponse.
Un carnet peut rendre l’exercice beaucoup plus efficace
La méthode peut rester extrêmement simple.
Après chaque tir ou petite série, notez :
annonce : gauche
Puis vérifiez :
impact : gauche
Ou :
annonce : centre
impact : bas
Vous obtenez progressivement une mesure de votre capacité de perception.
Vous découvrez également quelles erreurs vous identifiez correctement et lesquelles restent invisibles.
Il faut mesurer la qualité de l’annonce, pas seulement celle du score
Vous pouvez réaliser une série moyenne sur la cible mais annoncer presque tous les écarts correctement.
Cette séance possède alors une grande valeur pédagogique.
À l’inverse, une excellente série peut être très peu instructive si chaque impact vous surprend.
Le tir annoncé crée donc un nouvel indicateur de progression :
la cohérence entre votre sensation et le résultat réel.
« Je ne sais pas » est une excellente annonce
Ne forcez jamais une direction simplement pour répondre.
Si vous n’avez rien perçu :
« indéterminé ».
Cette réponse est parfaitement valable.
Elle indique simplement que votre niveau d’information n’était pas suffisant.
Inventer une annonce transforme l’exercice en jeu de hasard.
L’objectif n’est pas d’avoir toujours raison.
Il est de mesurer honnêtement votre perception.
Pourquoi certains impacts restent-ils totalement surprenants ?
Plusieurs explications sont possibles.
Votre perception technique n’est pas encore suffisamment développée.
Votre système de visée a bougé plus rapidement que vous ne l’avez observé.
Une autre variable est intervenue.
Ou le résultat lui-même provient d’un facteur que vous ne pouviez pas sentir directement.
C’est précisément l’intérêt de l’exercice.
Un impact inattendu vous indique qu’il manque une information dans votre analyse.
Une série d’impacts inattendus mérite davantage d’attention
Un seul tir surprenant n’est pas forcément révélateur.
Mais si plusieurs impacts partent dans une direction que vous n’annoncez jamais, il existe peut-être un problème plus stable.
Position.
Alignement.
Réglage.
Lecture visuelle.
L’annonce devient alors un outil de diagnostic.
Vous ne voyez plus seulement un groupement décentré.
Vous découvrez que votre perception interne ne correspond pas au comportement réel de l’arme.
Le tir annoncé peut révéler un problème de réglage
Supposons que vous réalisiez plusieurs départs que vous jugez correctement centrés.
Votre système de visée semble cohérent.
La détente est propre.
Pourtant, l’ensemble du groupement reste nettement à droite.
Si cette tendance est répétitive et que vos annonces restent cohérentes, la question du réglage peut devenir pertinente.
Vous évitez ainsi une erreur très fréquente : toucher immédiatement aux réglages après quelques mauvais tirs alors que le problème venait peut-être du tireur.
Il permet donc de mieux séparer tireur et matériel
Lorsque vous savez annoncer vos tirs avec une certaine fiabilité, les comportements inhabituels deviennent plus faciles à analyser.
Vous annoncez un écart et la cible confirme ?
Le système semble cohérent.
Vous annoncez régulièrement centre mais les impacts produisent une tendance différente ?
Il faut approfondir.
Cette méthode ne remplace évidemment pas un diagnostic matériel.
Elle permet simplement d’éviter certaines conclusions trop rapides.
Le groupement prend une nouvelle signification
Nous avons beaucoup parlé de lecture des groupements.
Le tir annoncé ajoute une couche supplémentaire.
Un groupement horizontal peut venir de plusieurs phénomènes.
Si vous aviez annoncé plusieurs mouvements latéraux, l’explication devient plus claire.
Si, au contraire, tous les tirs vous semblaient identiques, il faut chercher autrement.
La cible montre ce qui s’est produit.
L’annonce aide à comprendre ce que vous faisiez lorsque cela s’est produit.
Les deux informations sont complémentaires.
La vidéo peut-elle aider ?
Oui, mais elle ne remplace pas vos sensations.
Une caméra peut montrer :
- mouvement de l’arme ;
- posture ;
- comportement des mains ;
- timing de certaines actions.
Elle ne peut pas savoir ce que vous avez vu dans votre point rouge ou ressenti sur votre détente.
L’idéal consiste donc à comparer trois sources :
annonce du tireur + cible + vidéo.
Lorsque les trois racontent la même histoire, le diagnostic devient particulièrement solide.
Le tir annoncé au pistolet
Au pistolet, l’exercice est extrêmement riche parce que l’arme repose essentiellement sur le tireur.
Les erreurs de grip, de détente ou de maintien peuvent produire des informations perceptibles.
Le tireur travaille notamment sur :
- comportement du guidon ou du point rouge ;
- qualité de la rupture ;
- tension de la main ;
- retour de l’arme.
Avec l’habitude, certaines erreurs deviennent immédiatement reconnaissables.
Le tir annoncé à la carabine
La logique reste la même mais les informations peuvent être différentes.
Le tireur observe :
- réticule ;
- stabilité des appuis ;
- pression de joue ;
- mouvement de l’arme ;
- qualité du départ.
Sur certaines positions, la stabilité plus importante peut rendre certains déplacements particulièrement visibles dans l’optique.
Le retour de l’arme dans les appuis constitue également une information intéressante sur la régularité de la position.
Le tir appuyé peut faciliter l’apprentissage
Lorsque la position est très stable, une partie des variables corporelles diminue.
Il peut alors devenir plus facile d’isoler la détente et la visée.
L’exercice du tir annoncé peut donc commencer dans un environnement relativement simple avant d’être transféré vers des positions plus exigeantes.
La même logique est utilisée dans beaucoup d’apprentissages :
réduire les variables pour développer une compétence, puis augmenter progressivement la difficulté.
La distance change la précision de l’annonce
Plus la cible est exigeante, plus de petites erreurs deviennent visibles.
À courte distance, deux tirs légèrement différents peuvent encore arriver dans une zone très proche.
À plus grande distance ou sur une cible plus petite, les différences deviennent plus évidentes.
Mais il ne faut pas rechercher immédiatement la difficulté maximale.
L’objectif initial est de construire la relation entre :
sensation et résultat.
Une fois cette relation établie, l’exigence peut augmenter.
Le stress perturbe aussi la capacité d’annonce
En compétition, l’attention peut se déplacer vers le score.
Le tireur veut connaître immédiatement le résultat.
Il peut donc abandonner progressivement sa routine d’annonce.
C’est dommage, car cette capacité devient justement particulièrement utile sous pression.
Reconnaître immédiatement un mauvais départ permet d’éviter de modifier toute sa technique après un impact que l’on comprend parfaitement.
Un mauvais impact compris est moins dangereux mentalement
Vous annoncez légèrement bas avant de regarder.
La cible confirme.
Vous savez pourquoi.
Il n’est pas nécessaire de paniquer.
À l’inverse, un impact très éloigné qui vous surprend totalement peut produire davantage de doute.
Le tireur commence à chercher :
réglage ?
munition ?
position ?
Cette incertitude peut perturber les tirs suivants.
La capacité d’annonce améliore donc également la stabilité mentale de la série.
Ne cherchez pas à corriger pendant le même tir
L’annonce intervient après la séquence.
Vous observez que votre point dérive légèrement à gauche juste avant le départ.
Le coup part.
Vous annoncez gauche.
Vous ne devez pas essayer rétrospectivement de « sauver » le tir.
Cette tentation de correction tardive provoque souvent des actions brusques.
Le meilleur apprentissage consiste à accepter le tir qui vient de partir, l’analyser puis reconstruire le suivant.
Une annonce correcte n’est pas une excuse pour accepter une erreur
Autre piège.
Le tireur devient fier de pouvoir prédire ses mauvais tirs.
C’est une première étape, mais pas l’objectif final.
Savoir annoncer un écart doit ensuite permettre de comprendre sa cause et de réduire sa fréquence.
La compétence évolue donc en trois phases :
reconnaître → comprendre → corriger.
Ne modifiez qu’une variable lorsque les annonces révèlent une tendance
Vous annoncez fréquemment des départs latéraux liés à une sensation de grip irrégulier.
Ne changez pas simultanément votre position, votre prise et votre réglage.
Revenez à la méthode étudiée précédemment.
Une hypothèse.
Une variable.
Plusieurs séries.
Le tir annoncé devient alors un outil supplémentaire pour vérifier si la modification produit réellement l’effet recherché.
Votre objectif est de développer une bibliothèque de sensations
Avec l’expérience, votre cerveau accumule des références.
Voici à quoi ressemble un bon départ.
Voici ce que je ressens lorsque je serre brutalement.
Voici comment le point revient lorsque mon grip reste constant.
Voici ce que je vois lorsque je déclenche trop tard.
Cette bibliothèque n’est pas construite en lisant un manuel.
Elle se développe avec des milliers de répétitions attentives.
Le tir annoncé accélère ce processus parce qu’il vous oblige à associer sensation et résultat.
La qualité de perception évolue avec votre niveau
Un débutant remarque surtout les grosses erreurs.
Un tireur plus expérimenté peut distinguer des variations beaucoup plus petites.
Cela ne signifie pas qu’il possède des sens extraordinaires.
Il sait simplement où porter son attention.
Comme un mécanicien qui reconnaît un bruit inhabituel dans un moteur, le tireur expérimenté identifie des variations qu’un débutant n’a pas encore appris à considérer comme importantes.
Plus vous cherchez le score, moins vous observez parfois votre tir
C’est l’un des paradoxes du tir sportif.
Lorsque le score devient l’unique objectif, chaque impact attire immédiatement l’attention.
Le tireur regarde la cible au lieu d’écouter sa technique.
À court terme, cela satisfait la curiosité.
À long terme, cela peut ralentir l’apprentissage.
Certaines séances devraient donc volontairement réduire l’importance du score pour privilégier :
- qualité des annonces ;
- régularité de la détente ;
- cohérence du système de visée.
L’entraînement sans score peut être très révélateur
Imaginez une séance où vous ne cherchez pas à battre votre meilleur groupement.
Votre seul objectif est :
annoncer correctement le maximum de tirs.
Un impact très bien placé mais mal annoncé compte presque moins qu’un écart correctement identifié.
Cette inversion des priorités force le cerveau à observer la séquence.
Et paradoxalement, la qualité des groupements finit souvent par bénéficier de cette attention plus technique.
L’annonce devient progressivement instinctive
Au début, l’exercice est volontaire.
Vous tirez.
Vous réfléchissez.
Vous annoncez.
Avec l’expérience, la perception devient presque immédiate.
Le coup part et vous savez déjà :
« bon »
ou
« légèrement haut ».
Le processus n’a pas disparu.
Il est simplement devenu beaucoup plus rapide.
C’est exactement ce que recherche l’entraînement : transformer une analyse consciente en compétence automatisée.
L’objectif n’est pas d’avoir raison à 100 %
Même un excellent tireur peut rencontrer un impact inattendu.
Le système humain n’est pas un capteur électronique.
L’arme et la munition possèdent également leur propre dispersion.
Les conditions extérieures interviennent.
Une annonce doit donc rester une estimation.
Le but est d’améliorer progressivement la corrélation entre perception et cible, pas de produire une prédiction parfaite.
Le meilleur indicateur est la tendance
Sur vingt tirs, combien annoncez-vous correctement dans une zone approximative ?
Vos erreurs d’annonce sont-elles toujours les mêmes ?
Certains types de départs restent-ils difficiles à sentir ?
Ces tendances sont beaucoup plus utiles qu’une annonce spectaculaire parfaitement exacte une seule fois.
Encore une fois, la progression se mesure par la répétabilité.
Conclusion
Pouvez-vous savoir où est parti votre impact avant même de regarder la cible ?
Avec suffisamment d’expérience, vous pouvez souvent en avoir une estimation étonnamment fiable.
Pas parce que vous développez une capacité mystérieuse.
Simplement parce que chaque tir fournit énormément d’informations.
Position du point rouge ou du guidon.
Alignement du réticule.
Qualité de la détente.
Tensions dans la main.
Mouvement de l’arme.
Retour du système de visée.
Le tireur débutant perçoit déjà une partie de ces informations mais ne sait pas encore toujours les interpréter.
Le tir annoncé consiste à construire progressivement cette relation entre ce que vous ressentez et ce que la cible confirme.
La règle essentielle est simple :
annoncez avant de regarder.
Commencez grossièrement.
Centre.
Gauche.
Droite.
Haut.
Bas.
Indéterminé.
Puis comparez.
Lorsque votre annonce est correcte, demandez-vous ce que vous avez observé.
Lorsqu’elle est fausse, cherchez quelle information vous a échappé.
Au fil des séances, une bibliothèque de sensations commence à se construire.
Vous apprenez à reconnaître un départ propre même lorsqu’il n’est pas parfaitement centré.
Vous identifiez un mauvais coup arrivé accidentellement au dix.
Vous comprenez davantage vos groupements.
Et surtout, vous cessez progressivement de demander à la cible de tout vous expliquer.
Elle devient une confirmation de votre analyse plutôt que votre unique professeur.
C’est là que le tir annoncé devient réellement intéressant.
Vous ne découvrez plus votre tir après l’impact. Vous commencez à le comprendre pendant qu’il se produit.
FAQ
Qu’est-ce qu’un tir annoncé ? C’est l’estimation de la qualité ou de la direction probable d’un impact réalisée après le départ mais avant de regarder la cible.
Faut-il annoncer l’emplacement exact ? Non. Commencer par centre, haut, bas, gauche ou droite est largement suffisant.
Quelle différence entre tir annoncé et follow-through ? Le follow-through consiste à maintenir correctement la séquence après le départ ; le tir annoncé utilise les informations de cette séquence pour analyser le résultat probable.
Pourquoi annoncer avant de regarder la cible ? Pour éviter que le résultat réel ne modifie votre souvenir de ce que vous avez ressenti.
Un bon impact signifie-t-il toujours un bon tir ? Non. Une mauvaise action peut parfois produire accidentellement un excellent impact.
Un impact décentré peut-il correspondre à un bon départ ? Oui. Si la détente est propre et que vous aviez correctement identifié le décalage de visée, la séquence peut rester techniquement intéressante.
Le point rouge facilite-t-il le tir annoncé ? Il rend les mouvements de l’arme très visibles, ce qui peut faciliter l’apprentissage de cette capacité.
Peut-on annoncer un tir avec des organes mécaniques ? Oui. Il faut observer l’alignement du guidon et du cran de mire au moment du départ.
Peut-on pratiquer le tir annoncé à la carabine ? Oui. Le réticule, les appuis et la qualité de la détente fournissent également des informations très utiles.
Que faire lorsque je ne sais pas où est parti le tir ? Annoncez simplement « indéterminé ». Il vaut mieux reconnaître l’absence d’information que deviner.
Pourquoi certains impacts me surprennent-ils complètement ? Votre perception n’a peut-être pas détecté la variable ayant produit l’écart ou un facteur extérieur peut être intervenu.
Le tir annoncé permet-il de détecter un mauvais réglage ? Il peut contribuer au diagnostic lorsque plusieurs tirs correctement annoncés produisent une tendance différente sur la cible.
Faut-il regarder immédiatement chaque impact ? Pas nécessairement. Introduire un court délai permet de produire l’annonce avant de recevoir l’information de la cible.
Un carnet d’entraînement est-il utile ? Oui. Comparer annonces et impacts aide à mesurer objectivement la progression.
La vidéo peut-elle remplacer le tir annoncé ? Non. Elle complète l’analyse mais ne peut pas enregistrer vos sensations ou votre perception du système de visée.
Pourquoi cette compétence est-elle utile en compétition ? Elle aide à comprendre immédiatement un mauvais impact sans remettre toute la technique en question.
Peut-on travailler uniquement l’annonce pendant une séance ? Oui. C’est même un excellent exercice pour déplacer l’attention du score vers la qualité de la séquence.
Quel est le véritable objectif du tir annoncé ? Développer une compréhension suffisamment fine de votre technique pour relier sensations, actions et résultats.