À l’automne, un phénomène étonnant se produit dans les populations de chevreuils. Après avoir porté leurs bois pendant toute la période printanière et estivale, les brocards commencent progressivement à les perdre.
Quelques semaines plus tard, alors que l’hiver s’installe à peine, une nouvelle paire commence déjà à se développer.
Cette succession peut sembler étrange.
Pourquoi un animal investirait-il autant d’énergie dans la fabrication d’une structure osseuse complexe pour l’abandonner quelques mois plus tard et recommencer presque immédiatement ?
Chez le chevreuil, les bois ne constituent pourtant ni une anomalie ni un simple ornement.
Ils appartiennent à un cycle biologique annuel extrêmement précis, synchronisé avec les saisons, les hormones et la reproduction.
Au printemps, les bois sont complètement formés et nettoyés de leur velours. Ils sont alors utilisés dans les interactions entre mâles et deviennent pleinement fonctionnels avant le rut estival.
Après la reproduction, l’activité hormonale diminue progressivement. La zone située entre le bois et son pivot osseux se transforme jusqu’à provoquer sa chute.
Puis le cycle recommence.
Le chevreuil possède ainsi l’une des capacités de régénération osseuse les plus spectaculaires observées chez un mammifère.
En quelques mois, un brocard reconstruit entièrement une paire de bois.
Comprendre ce phénomène permet également de corriger plusieurs croyances très répandues.
Non, compter les pointes ne permet pas de connaître précisément l’âge.
Non, des bois imposants ne signifient pas automatiquement qu’un animal est très vieux.
Et non, la chute n’indique pas que le chevreuil est malade.
Elle constitue au contraire une phase normale de son cycle annuel.
Bois et cornes : deux structures complètement différentes
La première confusion vient souvent du vocabulaire.
Les bois du chevreuil ne sont pas des cornes.
Une corne véritable, comme chez les bovins ou plusieurs espèces de caprinés, est une structure permanente constituée autour d’un noyau osseux et recouverte d’une enveloppe cornée.
Elle grandit progressivement et n’est généralement pas renouvelée intégralement chaque année.
Les bois des cervidés fonctionnent autrement.
Ils sont constitués d’os.
Ils poussent depuis des structures permanentes situées sur le crâne, appelées pivots.
Une fois leur croissance terminée, ils deviennent totalement minéralisés.
Puis ils tombent.
L’année suivante, une nouvelle structure osseuse est reconstruite depuis les mêmes pivots.
Le chevreuil ne remplace donc pas simplement l’extrémité de ses bois.
Il en reconstruit l’essentiel chaque année.
Les pivots restent en permanence
Lorsque les bois tombent, le crâne ne redevient pas totalement lisse.
Les pivots restent présents.
Ces petites structures osseuses constituent la base depuis laquelle le prochain cycle commencera.
Chez le jeune mâle, leur développement apparaît progressivement pendant la croissance.
Avec l’âge, leur forme peut évoluer.
Mais contrairement aux bois, les pivots ne sont pas perdus chaque automne.
Ils forment en quelque sorte l’interface permanente entre le crâne et une structure temporaire.
Pourquoi les bois tombent-ils ?
La chute des bois est directement liée au cycle hormonal du mâle.
Pendant la période précédant et accompagnant le rut, la testostérone joue un rôle majeur dans le maintien des bois complètement minéralisés.
Après la reproduction estivale, l’activité sexuelle diminue progressivement.
Les concentrations hormonales évoluent.
Cette modification influence la zone de jonction entre les bois et les pivots.
Des cellules spécialisées participent alors à la résorption de l’os dans cette zone.
La liaison devient progressivement plus fragile.
À un moment, elle ne peut plus supporter les contraintes normales.
Le bois se détache.
La chute peut sembler brutale.
Le processus biologique qui la prépare s’est pourtant installé progressivement.
La chute ne fait pas nécessairement mal comme on pourrait l’imaginer
Voir un bois séparé du crâne donne facilement l’impression d’un traumatisme important.
Mais il s’agit d’un phénomène physiologique normal.
Au moment où la chute intervient, la zone de séparation a déjà été profondément modifiée.
Après la perte du bois, une petite surface reste temporairement exposée au sommet du pivot avant d’être rapidement recouverte par les tissus participant au prochain cycle.
Ce n’est donc pas comparable à l’arrachement accidentel d’un os normal.
Le corps du chevreuil a préparé cette séparation.
Quand les brocards perdent-ils leurs bois ?
Il n’existe pas une date unique.
En France et dans une grande partie de l’Europe occidentale, la chute se déroule généralement pendant l’automne et le début de l’hiver.
Les brocards les plus âgés peuvent commencer relativement tôt, parfois dès octobre ou novembre.
Les jeunes individus peuvent conserver leurs bois plus longtemps, parfois jusque plus tard dans l’hiver.
Cette différence n’est cependant pas une règle absolue.
Le calendrier dépend également :
-
de l’individu ;
-
de sa condition ;
-
du climat ;
-
de la population ;
-
de facteurs hormonaux.
Il faut donc parler d’une période plutôt que d’un jour précis.
Pourquoi les vieux mâles peuvent-ils perdre leurs bois plus tôt ?
Le cycle hormonal varie avec l’âge et l’état physiologique.
Chez certains adultes matures, la baisse hormonale post-rut intervient suffisamment tôt pour provoquer une chute avant celle observée chez plusieurs jeunes brocards.
Cette tendance est connue des observateurs.
Mais elle ne constitue pas une méthode fiable permettant d’attribuer un âge précis à un animal.
Un jeune peut perdre plus tôt qu’attendu.
Un adulte peut conserver ses bois plus longtemps.
La biologie produit des tendances, pas un calendrier individuel parfaitement prévisible.
La repousse commence étonnamment vite
L’aspect le plus spectaculaire du cycle est probablement celui-ci :
le chevreuil recommence rapidement à fabriquer ses prochains bois.
Après la chute, les tissus situés au sommet des pivots se réorganisent.
Une nouvelle croissance démarre.
Pendant l’hiver, le brocard peut donc déjà porter des bois en formation.
Au début, ils ressemblent davantage à des masses arrondies recouvertes d’une peau épaisse et velue qu’aux bois durs visibles au printemps.
Cette enveloppe porte un nom parfaitement descriptif : le velours.
Le velours est un tissu vivant
Pendant la croissance, les bois ne ressemblent pas encore à l’os sec et dur que l’on voit pendant l’été.
Ils sont recouverts d’une peau richement vascularisée.
Cette enveloppe fournit notamment l’oxygène et les nutriments nécessaires à la construction extrêmement rapide des tissus.
Le velours contient :
-
vaisseaux sanguins ;
-
nerfs ;
-
tissus cutanés.
Le bois en croissance est donc une structure vivante et sensible.
Il ne doit pas être considéré comme une simple branche d’os poussant mécaniquement depuis le crâne.
La vitesse de croissance est remarquable
Les bois des cervidés comptent parmi les tissus osseux connaissant les vitesses de croissance les plus importantes chez les mammifères.
Chez le chevreuil, la masse totale reste évidemment beaucoup plus faible que chez un grand cerf.
Mais proportionnellement, l’effort biologique reste considérable.
En quelques mois, l’organisme doit :
-
produire une nouvelle structure ;
-
organiser sa vascularisation ;
-
construire progressivement le tissu osseux ;
-
assurer sa minéralisation.
Tout cela se produit alors que l’animal doit simultanément traverser l’hiver.
La repousse constitue donc un investissement physiologique réel.
Pourquoi reconstruire les bois en plein hiver ?
La réponse se trouve dans le calendrier reproductif du chevreuil.
Contrairement au cerf élaphe, dont le rut principal se déroule en automne, le chevreuil connaît sa période de reproduction essentiellement en été, généralement autour de juillet et août selon les régions.
Les mâles doivent donc disposer de bois complètement développés bien avant cette période.
Pour arriver au printemps avec une structure fonctionnelle, la croissance doit commencer plusieurs mois auparavant.
L’hiver devient ainsi une période de fabrication.
Lorsque la végétation printanière explose et que l’activité territoriale augmente, les bois sont déjà proches de leur forme définitive.
La photopériode sert de calendrier biologique
Comment l’organisme sait-il qu’il est temps de faire tomber puis repousser les bois ?
La durée du jour constitue l’un des principaux signaux saisonniers.
Après le solstice d’été, les journées raccourcissent.
Après le solstice d’hiver, elles rallongent.
Ces variations extrêmement régulières fournissent une information beaucoup plus fiable que la météo.
Un automne peut être exceptionnellement chaud.
Un autre très froid.
La photopériode, elle, suit toujours son cycle astronomique.
Par l’intermédiaire des mécanismes hormonaux, cette évolution aide à synchroniser reproduction et cycle des bois.
La météo peut cependant influencer l’état général
Dire que la photopériode organise le calendrier ne signifie pas que l’environnement soit sans importance.
Un hiver difficile peut affecter la condition corporelle.
La nourriture disponible peut varier.
Une maladie, une blessure ou une période de stress physiologique peuvent également influencer l’animal.
Le développement final des bois résulte donc d’une interaction entre :
programmation hormonale et capacités réelles de l’organisme.
Le calendrier biologique donne le signal.
L’état de l’animal détermine en partie avec quelles ressources il peut y répondre.
L’alimentation fournit les matériaux
Construire une structure osseuse demande évidemment des ressources.
Protéines.
Minéraux.
Énergie.
Le calcium et le phosphore participent notamment à la minéralisation.
Mais il serait trompeur d’imaginer qu’un brocard trouve simplement une nourriture particulièrement riche en calcium puis transforme directement celle-ci en grands bois.
Le métabolisme est beaucoup plus complexe.
La condition générale de l’animal et la qualité de son environnement pendant plusieurs mois comptent davantage qu’un aliment miracle.
Les ressources corporelles participent elles aussi
Pendant la formation des bois, l’organisme peut mobiliser des ressources minérales déjà présentes dans le corps.
La construction ne dépend donc pas exclusivement de ce que le chevreuil vient de manger quelques heures auparavant.
Comme dans de nombreux processus physiologiques, le corps fonctionne avec des réserves, des échanges et des régulations permanentes.
Cela permet au développement de continuer même lorsque les conditions hivernales ne sont pas idéales.
Mais cette capacité possède évidemment des limites.
Un animal très affaibli ne dispose pas du même potentiel qu’un individu en excellente condition.
Génétique, âge et environnement travaillent ensemble
La forme des bois n’est jamais expliquée par une cause unique.
Trois grandes familles de paramètres se combinent :
-
génétique ;
-
âge et physiologie ;
-
environnement.
Un animal possède un potentiel génétique.
Mais l’expression de ce potentiel dépend de sa croissance, de son alimentation, de son état sanitaire et de nombreuses autres variables.
Deux brocards du même âge ne porteront donc pas nécessairement des bois identiques.
Même deux individus très proches génétiquement peuvent présenter des différences si leur histoire corporelle n’a pas été la même.
Pourquoi les jeunes mâles ont-ils souvent des bois plus simples ?
Lorsqu’un chevreuil mâle entre dans ses premiers cycles, sa croissance corporelle n’est pas encore totalement terminée.
Les premières structures sont donc généralement moins développées que celles d’un adulte mature.
On peut observer des formes simples comportant peu de ramifications.
Au fil des années, les bois peuvent devenir plus développés lorsque la condition et le potentiel de l’animal le permettent.
Mais cette évolution ne doit jamais être transformée en tableau rigide associant automatiquement nombre de pointes et âge.
Le fameux mythe du nombre de pointes
C’est probablement l’une des croyances les plus tenaces.
Un brocard possède quatre, six ou davantage de pointes visibles.
On tente immédiatement d’en déduire son âge.
Ce raisonnement est peu fiable.
Le nombre de pointes dépend de plusieurs variables :
-
génétique ;
-
condition ;
-
année ;
-
développement individuel.
Un jeune animal très bien développé peut présenter une ramure impressionnante.
Un brocard plus âgé peut porter des bois beaucoup plus modestes.
Le nombre de cors constitue donc une description du trophée.
Ce n’est pas une carte d’identité.
La morphologie générale donne davantage d’indices
Pour estimer grossièrement l’âge d’un chevreuil vivant, les observateurs expérimentés regardent davantage l’ensemble de l’animal.
Silhouette.
Cou.
Ligne du dos.
Répartition des masses.
Attitude.
Aspect de la tête.
Même avec ces éléments, on obtient surtout une estimation en classes d’âge.
Attribuer précisément quatre, cinq ou six ans à un animal observé quelques secondes sur le terrain reste extrêmement délicat.
La dentition constitue une information beaucoup plus utile lorsqu’elle peut être examinée dans un contexte approprié, mais même elle possède ses limites.
Des bois imposants ne signifient donc pas forcément un animal très vieux
La confusion vient du fait qu’un brocard mature possède souvent davantage de potentiel qu’un très jeune.
Statistiquement, l’âge joue donc bien un rôle.
Mais il n’agit jamais seul.
Un adulte vivant dans un habitat très favorable peut développer une excellente ramure.
Un animal plus âgé dans une condition médiocre peut produire beaucoup moins.
Il est donc plus juste de considérer les bois comme le résultat visible d’une histoire biologique plutôt que comme un compteur d’années.
Les bois n’augmentent pas indéfiniment avec l’âge
Autre idée reçue : un brocard construirait automatiquement des bois plus gros chaque année jusqu’à sa mort.
Ce n’est pas le cas.
Après une phase de progression vers la maturité, les performances physiologiques peuvent se stabiliser.
Puis, chez un animal vieillissant, la condition générale peut se dégrader.
La qualité des bois peut alors diminuer.
On parle parfois de régression.
Elle ne se produit ni au même âge ni de la même manière chez tous les individus.
Encore une fois, il n’existe pas de compteur universel.
Les accidents peuvent modifier temporairement la ramure
Le développement des bois peut être perturbé par différentes blessures ou problèmes physiologiques.
Un traumatisme direct pendant la croissance peut évidemment déformer la structure.
Certains troubles corporels peuvent également influencer son développement.
Ces anomalies montrent à quel point le bois en velours est différent du bois complètement minéralisé.
Pendant sa croissance, il est vivant, vascularisé et beaucoup plus vulnérable.
Un bois cassé en velours peut cicatriser de manière particulière
Lorsque la structure est encore en croissance, une blessure peut produire une déformation définitive pour le cycle en cours.
Selon la gravité et le moment, la ramure peut continuer à se développer autour de la zone affectée.
L’année suivante, si le pivot et les tissus responsables de la croissance restent intacts, une nouvelle paire peut retrouver une forme beaucoup plus normale.
Le caractère annuel du cycle permet donc de « réinitialiser » certaines anomalies qui ne concernent pas la base permanente.
Une blessure du pivot peut avoir des conséquences plus durables
La situation change lorsque le traumatisme touche la structure permanente du crâne.
Une atteinte importante du pivot peut influencer les cycles suivants.
C’est logique :
le prochain bois devra repartir depuis cette base.
Une anomalie répétée d’année en année peut donc avoir une origine différente d’une déformation apparue uniquement pendant un cycle.
Cette distinction est importante lorsqu’on observe un animal atypique plusieurs saisons de suite.
Quand les bois deviennent-ils réellement durs ?
À mesure que la croissance approche de sa fin, la structure se minéralise progressivement.
L’apport sanguin du velours diminue.
Le bois atteint sa forme fonctionnelle.
Le velours commence alors à se dessécher puis disparaît.
Le brocard se frotte sur la végétation afin de débarrasser ses bois de cette enveloppe devenue inutile.
On parle couramment de frayure.
Les arbres portent les traces de cette transformation
Lorsque le brocard frotte ses bois, il peut endommager localement l’écorce de jeunes arbres ou arbustes.
Ces traces sont très reconnaissables lorsqu’elles sont fraîches.
Elles ne doivent toutefois pas être confondues avec tous les frottements observés sur la végétation.
La hauteur, l’essence touchée, l’aspect des fibres et le contexte général doivent être pris en compte.
Une trace isolée ne raconte jamais toute l’histoire.
Pourquoi les bois changent-ils parfois de couleur ?
Après la disparition du velours, l’os proprement dit est relativement clair.
Les frottements contre la végétation, la terre, la sève et différentes matières peuvent ensuite modifier son aspect.
Les bois prennent alors différentes teintes brunes.
Cette couleur ne correspond donc pas uniquement à la pigmentation naturelle de l’os.
Elle reflète également les contacts avec l’environnement.
C’est pourquoi deux brocards peuvent présenter des teintes sensiblement différentes.
À quoi servent réellement les bois ?
La fonction est étroitement liée à la reproduction et à la compétition entre mâles.
Avant et pendant la période territoriale et reproductive, les brocards utilisent plusieurs moyens de communication :
-
signaux olfactifs ;
-
postures ;
-
comportements territoriaux ;
-
interactions physiques.
Les bois participent à cette compétition.
Ils peuvent servir lors des confrontations avec d’autres mâles.
Mais comme chez le cerf, toutes les rencontres ne deviennent évidemment pas des combats violents.
La communication et l’évaluation permettent souvent de régler une partie des conflits sans affrontement prolongé.
La forme des bois constitue aussi un signal
Un animal portant une ramure développée présente visuellement certaines informations à ses concurrents.
Mais là encore, il serait trop simple de considérer que le brocard possédant les plus grands bois gagne automatiquement chaque confrontation.
Taille corporelle.
Expérience.
Comportement.
Condition physique.
Motivation.
Tous ces éléments interviennent.
Les bois ne fonctionnent pas comme un classement hiérarchique parfaitement lisible.
Le cycle est parfaitement synchronisé avec le rut estival
C’est probablement l’élément qui explique tout le reste.
Le brocard doit disposer de bois fonctionnels lorsque la compétition reproductive devient importante.
La croissance hivernale permet d’arriver au printemps avec une ramure presque ou totalement développée.
Le nettoyage du velours intervient ensuite.
Au printemps et au début de l’été, le mâle peut établir et défendre davantage ses zones d’activité.
Puis vient le rut de juillet-août.
Après cette période, maintenir les bois pendant tout l’hiver n’apporterait plus le même bénéfice reproductif.
Le cycle repart donc vers la chute.
Le chevreuil possède ainsi un calendrier très différent du cerf
Les deux espèces appartiennent aux cervidés et perdent leurs bois.
Mais leurs cycles ne sont pas synchronisés exactement de la même manière.
Le cerf élaphe concentre son rut à l’automne.
Le chevreuil se reproduit principalement en été.
Le calendrier des bois doit donc être replacé dans celui de chaque espèce.
Comparer uniquement l’apparence des ramures sans tenir compte de la reproduction conduit rapidement à des erreurs.
Le chevreuil possède aussi une particularité reproductive remarquable
Après la fécondation estivale, l’embryon ne commence pas immédiatement son développement complet.
Le chevreuil connaît une diapause embryonnaire, ou ovo-implantation différée.
Le développement embryonnaire est temporairement suspendu avant de reprendre plus tard.
Cette adaptation permet aux mises bas de rester synchronisées avec une période printanière favorable malgré un rut ayant lieu plusieurs mois auparavant.
Le cycle des bois, la reproduction et la saisonnalité appartiennent donc à un ensemble biologique particulièrement sophistiqué.
Pourquoi cette dépense énergétique annuelle a-t-elle été conservée par l’évolution ?
Construire puis perdre une structure osseuse semble inefficace.
Mais l’évolution ne sélectionne pas nécessairement ce qui coûte le moins d’énergie.
Elle favorise les caractéristiques qui améliorent suffisamment le succès reproductif pour compenser leur coût.
Les bois peuvent apporter un avantage dans :
-
compétition ;
-
intimidation ;
-
accès à la reproduction.
Si cet avantage permet à certains individus de transmettre davantage leurs gènes, le coût énergétique de la construction annuelle peut rester biologiquement rentable.
Le caractère spectaculaire du bois est donc le résultat d’un compromis évolutif.
Pourquoi ne pas conserver les mêmes bois plusieurs années ?
Une structure permanente pourrait sembler plus économique.
Mais le renouvellement possède probablement plusieurs avantages évolutifs.
Il permet notamment à la ramure de suivre la croissance et l’évolution de la condition de l’animal.
Un jeune mâle n’est pas condamné à conserver toute sa vie la petite structure développée pendant sa jeunesse.
Chaque année offre un nouveau cycle.
Le bois devient donc une structure temporaire capable de refléter l’état biologique du moment.
Trouver un bois tombé ne permet pas forcément d’identifier son propriétaire
Les bois de chute constituent évidemment des indices fascinants.
Ils peuvent donner une idée du développement d’un mâle présent dans le secteur.
Mais relier avec certitude un bois isolé à un animal précis peut être difficile.
Un chevreuil peut se déplacer.
Les deux bois ne tombent pas nécessairement exactement au même endroit ni au même moment.
Et plusieurs brocards peuvent fréquenter le même secteur.
La découverte reste donc informative sans constituer automatiquement une identification.
Les deux bois peuvent tomber à des moments différents
La chute n’est pas toujours parfaitement simultanée.
Un mâle peut donc temporairement n’en porter plus qu’un seul.
L’image peut paraître étrange, mais elle n’est pas nécessairement inquiétante.
La différence peut durer relativement peu de temps avant que le second bois se détache.
Elle rappelle simplement que le processus biologique agit sur deux structures distinctes.
Le bois de chute possède une base caractéristique
Lorsqu’un bois tombe naturellement, sa base correspond à la zone où la séparation s’est produite au niveau du pivot.
Son aspect peut apporter des informations sur le processus de chute.
Mais comme pour l’âge, il faut éviter de transformer une caractéristique visuelle en diagnostic absolu.
Un bois retrouvé est avant tout la trace matérielle d’un cycle biologique terminé.
L’observation hivernale devient particulièrement intéressante
Lorsque les feuilles tombent et que la végétation s’ouvre, les chevreuils peuvent parfois être plus faciles à observer.
Mais les mâles sont en pleine phase de transition.
Certains n’ont plus de bois.
D’autres portent déjà une repousse en velours.
Selon le moment et l’individu, deux brocards observés le même jour peuvent donc présenter des apparences totalement différentes.
Cette diversité est parfaitement normale.
Un brocard sans bois ne devient pas une femelle
Cela paraît évident, mais l’identification à distance peut devenir plus délicate en hiver.
L’absence de bois ne suffit donc jamais à identifier une chevrette.
D’autres critères morphologiques et comportementaux doivent être utilisés.
C’est particulièrement important lorsque l’observation est rapide ou réalisée dans de mauvaises conditions de lumière.
Le calendrier des bois doit toujours être gardé en tête.
La repousse constitue également un indicateur de saison
En suivant régulièrement une population, l’évolution des bois permet de visualiser le passage des saisons.
Chute.
Début de repousse.
Développement sous velours.
Minéralisation.
Frayure.
Bois durs.
Rut.
Nouvelle chute.
Le chevreuil porte littéralement sur sa tête une partie de son calendrier biologique annuel.
C’est l’une des raisons pour lesquelles son observation régulière est aussi instructive.
Photographier le même brocard plusieurs fois révèle tout le processus
Une série d’images réalisées sur plusieurs mois permet d’observer une transformation spectaculaire.
Un animal peut être photographié en hiver avec deux masses en velours encore modestes.
Quelques semaines plus tard, les perches se sont allongées.
Les ramifications deviennent visibles.
Au printemps, le velours disparaît.
En été, la ramure est complètement fonctionnelle.
Puis quelques mois plus tard, tout tombe.
Cette continuité permet de comprendre beaucoup mieux le phénomène qu’une seule photographie isolée.
Les bois sont finalement une archive temporaire de l’état de l’animal
Ils reflètent à la fois :
-
potentiel génétique ;
-
âge physiologique ;
-
condition corporelle ;
-
événements survenus pendant leur croissance.
Mais cette archive est imparfaite.
Elle ne permet pas de reconstruire précisément toute la vie du brocard.
Il faut donc résister à l’envie d’interpréter chaque irrégularité comme une preuve absolue.
Les bois racontent quelque chose.
Ils ne racontent pas tout.
Conclusion
Pourquoi les chevreuils mâles perdent-ils leurs bois chaque année ?
Parce que ces structures appartiennent à un cycle reproductif saisonnier extrêmement précis.
Après le rut estival, l’activité hormonale évolue et la concentration de testostérone diminue progressivement.
La zone reliant les bois aux pivots osseux se transforme jusqu’à permettre leur séparation.
Les bois tombent.
Mais les pivots restent.
À partir de cette base permanente, l’organisme commence rapidement à reconstruire la prochaine ramure.
Pendant plusieurs mois, celle-ci grandit sous une enveloppe vivante et fortement vascularisée : le velours.
Le développement se poursuit pendant l’hiver, puis la structure se minéralise.
Lorsque la croissance est terminée, le velours disparaît et le brocard retrouve ses bois durs avant la période printanière et le rut estival.
Ce cycle représente un investissement physiologique considérable.
Il dépend de plusieurs facteurs :
-
hormones ;
-
âge ;
-
génétique ;
-
état sanitaire ;
-
alimentation ;
-
environnement.
C’est précisément pourquoi deux brocards du même âge peuvent présenter des ramures très différentes.
Et c’est aussi pourquoi compter les pointes ne permet pas de déterminer précisément l’âge d’un chevreuil.
Les bois ne sont pas un calendrier indiquant le nombre d’années vécues.
Ils constituent plutôt le résultat temporaire de la rencontre entre le potentiel de l’animal et les conditions dans lesquelles il a traversé les mois précédents.
Leur renouvellement annuel reste surtout l’un des phénomènes biologiques les plus extraordinaires de nos forêts.
En quelques mois, un mammifère reconstruit entièrement une structure osseuse complexe, la minéralise, l’utilise pendant sa période reproductive puis l’abandonne avant de recommencer.
Lorsque vous observez un brocard sans bois en novembre ou avec une nouvelle ramure encore couverte de velours en plein hiver, vous n’observez donc pas une anomalie.
Vous observez simplement l’une des étapes d’un cycle qui recommence chaque année depuis des milliers de générations.
FAQ
Pourquoi les brocards perdent-ils leurs bois ? La diminution saisonnière de l’activité hormonale entraîne une transformation de la zone reliant les bois aux pivots jusqu’à leur chute.
Quand les chevreuils perdent-ils leurs bois ? Généralement pendant l’automne et le début de l’hiver, avec des variations selon les individus, l’âge et les populations.
Les vieux brocards perdent-ils leurs bois plus tôt ? Une tendance à une chute plus précoce peut être observée chez certains mâles matures, mais elle ne permet pas de déterminer précisément l’âge.
Les pivots tombent-ils avec les bois ? Non. Ils restent sur le crâne et servent de base à la croissance suivante.
Quand les nouveaux bois commencent-ils à pousser ? La nouvelle croissance peut démarrer rapidement après la chute, pendant l’hiver.
Qu’est-ce que le velours ? C’est la peau vascularisée et innervée qui recouvre et nourrit les bois pendant leur croissance.
Les bois sont-ils vivants pendant leur croissance ? Oui. Sous velours, ils sont fortement vascularisés et font partie d’un tissu vivant en développement.
De quoi sont constitués les bois ? Une fois leur croissance terminée, ils sont constitués de tissu osseux minéralisé.
Quelle différence existe-t-il entre bois et cornes ? Les bois sont des structures osseuses renouvelées périodiquement, tandis que les cornes véritables sont généralement permanentes.
Pourquoi les chevreuils frottent-ils leurs bois sur les arbres ? Après la minéralisation, ces frottements participent notamment à l’élimination du velours desséché.
Qu’est-ce qu’une frayure ? C’est la trace laissée sur la végétation lorsque le brocard frotte ses bois.
Peut-on connaître l’âge grâce au nombre de pointes ? Non. Le nombre de pointes dépend de plusieurs facteurs et n’indique pas précisément l’âge.
Un jeune chevreuil peut-il avoir de beaux bois ? Oui. Génétique, condition corporelle et environnement peuvent produire une ramure développée chez un animal relativement jeune.
Les bois deviennent-ils toujours plus gros avec l’âge ? Non. Ils peuvent progresser jusqu’à la maturité puis se stabiliser ou régresser avec le vieillissement.
Une blessure peut-elle déformer les bois ? Oui. Un traumatisme pendant la croissance peut modifier la ramure du cycle en cours.
Une déformation peut-elle disparaître l’année suivante ? Oui si la base de croissance n’a pas subi de dommage durable.
Les deux bois tombent-ils en même temps ? Pas toujours. Un brocard peut temporairement n’en porter qu’un seul.
La météo détermine-t-elle la chute des bois ? Le cycle saisonnier et hormonal joue un rôle principal, même si l’environnement influence la condition générale de l’animal.
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